Le matérialiste fourvoyé ignore que son corps est temporaire, et que l'attrait pour le foyer, la terre et la richesse, lié au corps, relève également de l'éphémère. L'ignorance seule lui fait croire que tout est durable.
Quelle que soit l'espèce au sein de laquelle il voit le jour, l'être distinct y trouve une forme de satisfaction particulière, si bien qu'il n'est jamais mécontent de sa condition.
L'être conditionné est content de son sort quelle que soit l'espèce à laquelle il appartienne. Egaré par l'influence de l'énergie illusoire qui recouvre sa vision, il n'est guère enclin à abandonner son corps, même s'il vit en enfer, car il se complait dans les plaisirs les plus vils.
Que l'être soit ainsi satisfait de sa condition vient d'un attachement profondément enraciné pour son corps, son épouse, son foyer, ses enfants, ses animaux, ses richesses et ses amis. Ainsi entourée, l'âme conditionnée a d'elle-même une très haute opinion.
Bien que consumé à chaque instant par l'anxiété, un tel insensé ne cesse de se livrer à toutes sortes d'actes malfaisants à seule fin de maintenir ce qu'il croit être sa famille et sa société, nourrissant un espoir qui jamais ne se réalisera.
Il livre son cœur et ses sens à une femme qui exerce sur lui le charme trompeur de maya (l’énergie illusoire). Il jouit en sa compagnie d'étreintes secrètes, échange avec elle des paroles, et devient enchanté par le doux babil de ses jeunes enfants.
Attaché à son foyer, l'homme marié mène une vie de famille où règnent intrigues et diplomatie. Répandant invariablement le malheur autour de lui, et soumis à ses désirs de jouissance matérielle, il ne cherche, par ses actes, qu'à remédier aux souffrances qui découlent de son mode de vie ; et s'il y parvient, il se croit heureux.
Il amasse de l'argent en commettant ici et là des actes de violence, et cet argent, il l'emploie au service des siens, ne mangeant lui-même qu'une petite portion de la nourriture ainsi achetée ; et il va en enfer pour ceux qu'il a entretenus par ces voies irrégulières.
Lorsqu'il subit quelque revers dans le cours de ses occupations, il s'acharne encore et encore à améliorer sa situation, et quand il voit tous ses efforts déjoués et la ruine le frapper, il accepte alors de l'argent d'autrui, envahi par une avidité excessive.
L'infortuné, ne parvenant plus à entretenir sa famille, perd toute beauté. Il ne songe désormais qu'à son échec et s'afflige profondément.
Le voyant incapable de subvenir à leurs besoins, son épouse et les autres membres de sa famille ne le respectent plus comme ils l'ont fait jadis, à la manière des fermiers avares qui n'accordent plus le même soin à un vieux bœuf épuisé par l'âge.